Humour et mort

L’humour face à l’inéluctable de la mort

Si mourir est inéluctable, pourquoi vivre ? Si vivre est un affrontement permanent, pourquoi aimer ?

 La vie, la mort et l’amour forment un triptyque ineffable.

A la vie, à l’humour

Tout semble séparer l’humour et la mort.

Comment peut-on rire d’un événement aussi sérieux, aussi tragique que la disparition de soi ou d’un être cher?

Comment peut-on trouver dans une maladie, un crime, une guerre, un massacre, bref dans toute situation affligeante et horrifiante de la réalité, matière à plaisanter?

 Les modalités complexes du deuil et de l’accompagnement des personnes en fin de vie, les affects de la tristesse et du chagrin suggèrent qu’un décès s’accompagne d’émotions fortes qui ne laissent que peu de place à la légèreté ou à la plaisanterie.

Doit-on pour autant s’abstenir de rire, de sourire et de faire de l’ironie en présence de la mort et de ses aspects solennels?

Dans un contexte de soins palliatifs, un clin d’œil complice, des commentaires drôles formulés avec doigté ne pourraient-ils pas plutôt nourrir un contact plus vivant avec la personne en fin de vie et ses proches? Quelles sont les limites à ne pas dépasser )? Y a-t-il des sujets sur lesquels il faille se garder de faire des blagues ou bien l’humour, surtout dans ses formes les plus acides, les plus désespérées, n’offre-t-il pas un moyen de reprendre un peu la maîtrise d’un destin qui paraît subitement nous échapper?

Peut-on rire de la mort ? Une question récurrente qui vient s’apposer à « peut-on rire de la maladie, du racisme, du handicap » ? « Peut-on rire de tout, pourquoi et comment ? » On brandit comme joker la carte liberté d’expression pour se déculpabiliser. La liberté est-elle vraiment en question ? 

L’humour n’est pas une moquerie de l’autre (contrairement à une blague), c’est une moquerie de soi, et par extension de la société dans laquelle on évolue. La frontière est mince entre le rire et l’offense. L’humour c’est un doute permanent, et en cela,  il rejoint parfaitement la philosophie, ce qui explique le nombre de philosophes qui se sont sacrément penchés sur cette question des rapports du rire et de la philosophie !

Le rire est par définition anti narcissique. Henri Berson écrivait en 1899 que l'Humour était « un  antidote à la vanité ».

Or mourir, c’est faire le deuil de soi, un deuil « impossible » pour Elisabeth Kübler-Ross, qui tant fait pour nous permettre d’apprivoiser la mort, pour nous réconcilier avec la période cruciale qu’est la fin de vie.

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Elisabeth_K%C3%BCbler-Ross)

 

 

Elisabeth kubler 2
 

 

 Elle a beaucoup travaillé pour nous apprendre à donner non pas plus d’années à la vie, mais plus de vie aux années, pour nous permettre de mieux vivre les pertes, les séparations et apprendre les étapes, si difficiles, du deuil d’un être cher.

Tout au long de son existence, Elisabeth Kübler-Ross a aidé directement ou indirectement des centaines de milliers de personnes à traverser cette épreuve intolérable, inacceptable ou insupportable de ne plus pouvoir parler, échanger, partager, faire l’amour ou la vaisselle avec ceux que nous aimons parce qu’ils sont morts.

Elle a décrit les cinq stades du deuil, par lesquels nous devons passer pour accepter la perte : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation.

Elisabeth kubler 3

Rire de quelque chose que l’on ne saisit pas

La mort s’est toujours révélée tragique, et ce depuis l’Antiquité. Infanticide, empoisonnement, trahison funeste, on ne compte plus le nombre de scènes où la mort s’invite dans les tragédies grecques. Elle permet d’expier, elle est libératrice. La mort sur scène est à l’instar de l’amour : une catharsis.

Se réapproprier le sens de la vie

Athée ou croyant, chacun a le même problème : personne n’a vécu la mort.  Elisabeth KÜBLER-ROSS expliquait que la mort est, et sera toujours « un objet de répulsion ».

Au début du XXe, on tente de l’éloigner, les progrès médicaux rendent paradoxalement la mort encore plus injuste, encore plus violente. Mourir ? Le symbole ultime de l’échec.

Pourtant avec Pierre DESPROGES, nous avions l’habitude de l’exercice (« Suicidez-vous jeune, vous profiterez de la mort » ) ironisait-il.

Desproges

 

L’humour palliatif

En plus de ses valeurs défensives et transgressives, l’humour peut aussi s’avérer palliatif. Plusieurs chercheurs se sont intéressés à cette thématique et ont examiné comment l’humour peut aider à accepter la mort et contribuer à la démarche d’accompagnement en fin de vie.

Certes, le rire et l’humour ne sont pas une panacée et ils ne feront jamais disparaître la douleur et la souffrance en contexte de fin de la vie. Ils peuvent cependant porter un message d’affection, vivifier la relation entre l’accompagnant et l’accompagné et contribuer à leur qualité de vie dans les milieux de soin.

 

 

Des sourires, des rires, et même des fous rires,

Virginie nous explique qu'ils sont très fréquent en unité de soins palliatifs

L'humour est un superbe moyen de communication qui permet de dédramatiser certaines situations difficiles et d'oublier parfois ne serait-ce qu'un moment la maladie.

L'humour, toujours dans le respect de la personne, est parfois plus efficace qu'un médicament

 

Voilà qui nous ramène à la question initiale : peut-on vraiment, et sans danger, rire de tout?

 Dans la figure d’Adolf Hitler dont les moqueries dirigées contre le Führer ne sont pas un phénomène nouveau puisqu’elles étaient déjà employées dans les années 1940 à des fins de propagande antinazie, l’esprit dans lequel sa figure  prête aujourd’hui à rire a pour sa part beaucoup changé : à force d’humaniser ou de banaliser le dictateur nazi et de faire abstraction de la Shoah, nous assistons à une décontextualisation qui paraît d’autant plus préoccupante qu’elle coïncide avec une remontée des idéologies d’extrême droite dans plusieurs pays occidentaux.

A toutes fins pratiques, faire rire et faire réfléchir restent indissociables et totalement nécessaires.

Il convient sans doute à cet égard de procéder à un détournement humoristique de la mort afin de nous bousculer dans nos repères culturels et nous amener à penser autrement.

Que ce soit dans l’imaginaire, dans l’espace public ou dans les milieux de soins, l’humour et la mort peuvent donc devenir des vecteurs de rencontre plutôt que de conflits.

Bon nombre d’écrivains, de philosophes, de cinéastes et d’artistes n’ont cessé de les rapprocher afin d’emmener le lecteur ou le spectateur aux limites de ce qu’ils peuvent supporter. Manier l’humour est un art qui requiert du doigté en contexte d’accompagnement de fin de la vie. Sur la place publique, c’est un art qui nourrit la vie lorsqu’il nous aiguillonne et nous incite à réexaminer constamment nos choix de société.

La culture s’est bien approprié la mort, si l’on peut ainsi s’exprimer de la sorte, non pas pour l’éviter, la nier, la contrôler, mais bien pour nous la rappeler et choisir comment nous allons vivre notre vie en sachant cela.

Quels moyens allons-nous utiliser ?

Rire de la mort, c’est une histoire de temps et de moyens.

Coluche la mort

 

Etienne Moulron

 

Parcours et oeuvres

https://moulrone.blogspot.com/

 

Fondateur de la Maison du Rire et de l'Humour

https://mahuarbu.blogspot.com/

et Créateur du " Prix Humour de Résistance"

http://lephare1.e-monsite.com/pages/prix-humour-de-resistance/le-prix-humour-de-resistance.html

 

 

1, avenue Pierre le Vénérable

71250-Cluny

France

06.75.48.31.86

 

emoulron@gmail.com

 

 

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