Théodore Monod, le chercheur d'absolu

 
Considéré comme l'un des très grands spécialistes du Sahara au XXe siècle, Théodore Monod fut aussi plus largement un humaniste et un homme de foi qui n'eut qu'un credo : le respect de la vie sous toutes ses formes.
 
                  Photo prise le 07 août 1992 à Taverny, du scientifique Théodore Monod.
 
« Ce qu'on peut critiquer, c'est cette prééminence exclusive donnée à l'homme, car cela implique tout le reste.
Si l'homme se montrait plus modeste et davantage convaincu de l'unité des choses et des êtres, de sa responsabilité et de sa solidarité avec les autres êtres vivants, les choses seraient bien différentes.»

Théodore Monod
Th monod 2

Infatigable explorateur du désert, auteur de travaux scientifiques qui lui ont valu une réputation internationale, Théodore Monod, fut aussi, et peut-être avant tout, un homme d’engagement et de foi.

Engagement contre le nucléaire tant militaire que civil, contre toute violence faite à l’homme, aux animaux, à la nature. Foi d’un chrétien qui, par-delà tous les Dogmatismes d’églises, en appelle à un christianisme authentiquement évangélique.


Théodore Monod n'est pas qu'un scientifique chevronné aux expériences extrêmes, sa quête de cailloux se double d'une réflexion profonde sur le sens de la vie et la marche du monde.

Dans son livre," les Méharées ", le scientifique se fait pédagogue pour expliquer le désert avec humour.

 

T monod meharees

 

Comme l’Amérique tropicale avait illustré Alexandre de Humboldt, le Sahara a eu son explorateur-savant,Théodore Monod. Deux très longues vies consacrées au savoir et à sa diffusion, tendues entre l’empirisme de l’enquête de terrain et la méditation sur la portée de ce travail. Monod se distingue de son illustre prédécesseur par de fréquentes touches d’humour dans la relation de ses explorations et de ses réflexions. La question de l’eau, la gestion des dromadaires, la frugalité du bivouac, la distinction des vraies découvertes et des fausses trouvailles lui permettent de dissiper un mirage, celui du savant-héros.

Pourtant, sa relation au désert dépasse singulièrement la simple performance.

Pour lui, le désert est une philosophie, un cadre de pensée.  « Le désert en tant que tel est très émouvant. On ne peut pas rester insensible à la beauté du désert. Le désert est propre et ne ment pas. Le désert appartient à ces paysages capables de faire naître en vous certaines interrogations.  »

Puis il nous confie les leçons apprises au cours de ses périples : " l'indispensable, le vrai, ne pèse pas lourd, à peine trente kilogrammes par mois ".

À comparer avec nos besoins… Théodore Monod nous parle de tout cela, de science, mais surtout de vie et de quête d'absolu.


Le savoir, la sagesse, la révolte, l’humour s’y côtoient, nous laissant en ce début de siècle et de millénaire un message d’espérance
.

« Malheureusement le troisième millénaire ne sera pas très différent du précédent.      

 Les gens continueront à aimer la guerre et la violence.

Il n’y a pas beaucoup d’espoir de voir l’homme accéder à un stade supérieur…

Pourtant, il est là pour ça !

La bonne direction c’est la non-violence et la paix, la fin des guerres, la fin des armements…

On a suffisamment gaspillé maintenant d’argent et de vies humaines pour qu’on arrive à des solutions plus raisonnables.

Mais les hommes ne tiennent pas à être raisonnables, ils tiennent à s’amuser et surtout à gagner de l’argent.

Ce n’est pas comme ça qu’ils iront très loin.

Ils disparaîtront peut-être. Ce ne serait pas une catastrophe.

La nature existait avant l’homme, et elle peut très bien exister sans l’homme…

 

Une vie pour un monde meilleur

Théodore Monod n'a pas seulement fait de sa vie un exemple, il a aussi milité pour les causes qu'il croyait justes.

Ses espoirs qu'il plaçait dans l'humanité se sont tour à tour brisés au fil du siècle qu'il a traversé.

Elles furent nombreuses et multiples : dialogue entre les cultures et les religions, défense des droits des animaux, lutte contre la guerre d'Algérie et l'arme atomique, ou plus récemment, pour le droit au logement ou les sans-papiers.

Il a connu l'antisémitisme jusqu'à l'horreur dont il a souffert (sa femme était juive), et contre lequel il s'est battu, puis il s'est engagé contre toutes les formes de mépris de la vie. Il a dénoncé la guerre d'Algérie et a ouvertement critiqué les méthodes de l'armée dans les camps de prisonniers. Signataire du manifeste des 121, il y a perdu son poste à l'IFAN, mais il a lutté avec fierté contre la colonisation et l'oppression de l'homme par l'homme.

« Les lions n'apprennent pas aux lionceaux à tuer leurs frères, l'homme apprend à son enfant à tuer des enfants d'homme. On est passé de l'âge des cavernes à l'âge des casernes. Et préparer un crime est déjà un crime. " Il s'est également illustré dans la lutte contre la bombe atomique : " L'arme nucléaire, c'est la fin acceptée de l'humanité (…). La bombe atomique est la seule arme qui attaque une population dans son devenir biologique et physiologique »

Il érigeait en principe le respect de la vie, jusqu'aux plantes et aux animaux et à ce titre, il militait contre la chasse, la corrida et les expériences sur les animaux.

Sa foi profonde en Dieu

Théodore Monod était un homme de foi et de conviction : son combat, le respect de la vie sous toutes ses formes, son arme, la tolérance et le dialogue.

Il est d'ailleurs presque étonnant de voir à quel point ses luttes nous semblent aujourd'hui si légitimes.

Théodore Monod était destiné au pastorat, alors il se choisit un diocèse : le désert.

On ne peut comprendre la pensée de Théodore Monod sans parler de sa foi profonde dans laquelle il considère que la vraie foi dépasse le clivage des confessions : " Une rencontre des vérités essentielles des diverses croyances qui se partagent la Terre pourrait se révéler d'un usage religieux vaste et universel. Peut-être serait-elle plus conforme à l'unité de Dieu, à l'unité de l'esprit humain, à celle de la création tout entière ".

Fils et petit-fils de pasteur, la science l'a rattrapé sur le chemin du pastorat. Mais il n'en a pas délaissé pour autant ses hautes exigences spirituelles. Il récitait quotidiennement les Béatitudes, le sermon de la tendresse évangélique, et jeûnait chaque vendredi, " un jeûne total, sans nourriture solide ou liquide ", jeûne spirituel et militant, pour la la justice et pour la paix.

Vaste programme qu'il s'est acharné à mettre en pratique toute sa vie durant .

 

En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle

Durant ses années africaines, il s'est initié à l'Islam au contact des nomades et a noué de riches amitiés avec de grands penseurs musulmans, tels que Amadou Hampathé Bâ, également membre du conseil exécutif des Nations Unies pour l'Afrique dans les années soixante, et auteur de cette formule souvent rapportée : " En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle ".

Amadou hampathe

Théodore Monod a partagé avec lui la certitude que " la connaissance de l'autre implique d'adopter le point de vue de l'autre. (…) Ce qu'il faudrait, c'est toujours concéder à son prochain une parcelle de vérité ".

Et il a  sûrement et assurémment  mis en pratique et vécu cette théorie au contact des nomades dans leur désert et avec eux .

À dix-huit ans, il écrivait : « La vie n'est pas la joie. C'est la tension de l'effort continu ; c'est le labeur physique et le surmenage intellectuel ; c'est l'austère accomplissement du devoir ». Une pensée de jeunesse qui porte pourtant en germe le goût de l'effort et de l'accomplissement dans la douleur.

Au désert, il aura pourtant trouvé bonheur et source de réflexion sur son siècle mais avec quelques lourdes inquiétudes.

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À la disparition du monde nomade qu'il avait fait sien, il répond par la fatalité, mais il aura passé sa vie à nous compter les merveilles de la planète pour nous apprendre à la respecter.

Sa conception du voyage fut une grande et large leçon de vie, la connaissance de l'autre supposant et exigeant  un véritable effort de tolérance et d'ouverture d'esprit.

À l'heure du Paris-Dakar et du tourisme de masse en hôtel trois étoiles, il est bien utile de se souvenir du marcheur du désert.

En définitive, ilavait plus que raison de penser que le salut de l'humanité passerait inévitablememnt par l'écoute et la compréhension réciproque de chacun de nous.

L’histoire humaine, c’est en effet  celle d’une espèce qui peu à peu prend le pas sur les autres. L’homme invente l’outil, maîtrise le feu, explore, conquiert, comprend et en quelques millénaires d’une progression fulgurante, il devient le roi de la création.


Pourtant, cette histoire peut prendre fin. En déséquilibrant son rapport avec la nature, en s’engageant dans l’aventure criminelle et folle du nucléaire, l’homme démontre aussi son incapacité à dépasser en lui la pulsion de violence et de mort.

Oui : aujourd’hui, nous le savons, l’aventure humaine peut échouer.

 

Theodore monod 4

 

« L'utopie est simplement ce qui n'a pas encore été essayé »

Théodore Monod

 

Etienne Moulron

 

 

Parcours et oeuvres

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Fondateur de la Maison du Rire et de l'Humour

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et Créateur du " Prix Humour de Résistance"

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