« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »

« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »

                                                                                                                                   Blaise Pascal (1623-1662)

 

Confiné dans sa maison à Montpellier, le philosophe Edgar Morin reste fidèle à sa vision globale de la société.

« La crise épidémique », nous dit-il, « doit nous apprendre à mieux comprendre la science et à vivre avec l’incertitude » .

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Et à retrouver une forme d’humanisme.

Oasis de fraternité

Quiconque prend la peine d’aiguiser son regard, constate qu’existe aussi dans notre pays un « bouillonnement d’initiatives privées, personnelles, communautaires, associatives » qui sont comme des oasis, sinon dans le désert du moins dans la jungle ».

Pour le dire autrement, c’est là que se prépare et se construit la société de demain si demain est encore envisageable! Ce n’est plus dans les partis politiques, même quand ils se disent « en marche », sans préciser vers quoi.


Edgar Morin énumère nombre d’exemples de ces oasis annonciatrices d’un autre futur possible.

Ce sont autant de résistances à la pensée dominante, celle qui colonise l’espace politique et nous entraîne vers le désastre. Cela passe par une réinvention d’une agriculture régénératrice des sols, le refus d’obéir docilement aux « fake news » de la publicité, le renoncement au jetable au profit du durable, la multiplication des « fablabs » (laboratoires de fabrication), le développement du bio, du covoiturage et des co-achats, la réhabilitation de l’artisanat via le mouvement des « makers » qui, en se développant, refoulera progressivement le capitalisme vertical, producteur cupide des objets à obsolescence programmée.

Des Redresseurs d’espérance, en somme!!!

 

" La fraternité, pourquoi ? :

résister à la cruauté du monde" 

Edgar Morin

Actes Sud (2019)

Conscient des dérives de la mondialisation et des perversions d'un système soumis au diktat de la croissance, le sociologue et philosophe E. Morin encourage les initiatives porteuses d'un futur responsable et solidaire qui privilégie le bien vivre au bien être matériel. Il prône la création d'oasis, lieux d'une vie meilleure fondés sur l'épanouissement personnel et la fraternité.

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Interview donné le 6 avril 2010 par Edgar Morin 

« Ce qui me frappe, c’est qu’une grande partie du public considérait la science comme le répertoire des vérités absolues, des affirmations irréfutables. Et tout le monde était rassuré de voir que le président s’était entouré d’un conseil scientifique. Mais que s’est-il passé ? Très rapidement, on s’est rendu compte que ces scientifiques défendaient des points de vue très différents parfois contradictoires, que ce soit sur les mesures à prendre, les nouveaux remèdes éventuels pour répondre à l’urgence, la validité de tel ou tel médicament, la durée des essais cliniques à engager…

Malheureusement, très peu de scientifiques ont lu Karl Popper, qui a établi qu’une théorie scientifique n’est telle que si elle est réfutable, Gaston Bachelard, qui a posé le problème de la complexité de la connaissance, ou encore Thomas Kuhn, qui a bien montré comment l’histoire des sciences est un processus discontinu. Trop de scientifiques ignorent l’apport de ces grands épistémologues et travaillent encore dans une optique dogmatique.

Je ne peux pas le prédire, mais j’espère qu’elle va servir à révéler combien la science est une chose plus complexe qu’on veut bien le croire – qu’on se place d’ailleurs du côté de ceux qui l’envisagent comme un catalogue de dogmes, ou de ceux qui ne voient les scientifiques que comme autant de Diafoirus (charlatan dans la pièce Le Malade imaginaire de Molière, Ndlr) sans cesse en train de se contredire…

J'espère que cette crise va servir à révéler combien la science est une chose plus complexe qu’on veut le croire. C'est une réalité humaine qui, comme la démocratie, repose sur les débats d’idées.

La science est une réalité humaine qui, comme la démocratie, repose sur les débats d’idées, bien que ses modes de vérification soient plus rigoureux. Malgré cela, les grandes théories admises tendent à se dogmatiser, et les grands innovateurs ont toujours eu du mal à faire reconnaitre leurs découvertes. L’épisode que nous vivons aujourd'hui peut donc être le bon moment pour faire prendre conscience, aux citoyens comme aux chercheurs eux-mêmes, de la nécessité de comprendre que les théories scientifiques ne sont pas absolues, comme les dogmes des religions, mais biodégradables...

Ce qui est très intéressant, dans la crise du coronavirus, c’est qu’on n’a encore aucune certitude sur l’origine même de ce virus, ni sur ses différentes formes, les populations auxquelles il s’attaque, ses degrés de nocivité… Mais nous traversons également une grande incertitude sur toutes les conséquences de l’épidémie dans tous les domaines, sociaux, économiques...

Parce que nous devons apprendre à les accepter et à vivre avec elles, alors que notre civilisation nous a inculqué le besoin de certitudes toujours plus nombreuses sur le futur, souvent illusoires, parfois frivoles, quand on nous a décrit avec précision ce qui va nous arriver en 2025 ! L’arrivée de ce virus doit nous rappeler que l’incertitude reste un élément inexpugnable de la condition humaine. Toutes les assurances sociales auxquelles vous pouvez souscrire ne seront jamais capables de vous garantir que vous ne tomberez pas malade ou que vous serez heureux en ménage ! Nous essayons de nous entourer d’un maximum de certitudes, mais vivre, c’est naviguer dans une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se ravitaille… 

 Tel est le résultat de mon expérience. J’ai assisté à tant d’événements imprévus dans ma vie – de la résistance soviétique dans les années 1930 à la chute de l’URSS, pour ne parler que de deux faits historiques improbables avant leur venue – que cela fait partie de ma façon d’être. Je ne vis pas dans l’angoisse permanente, mais je m’attends à ce que surgissent des événements plus ou moins catastrophiques. Je ne dis pas que j’avais prévu l’épidémie actuelle, mais je dis par exemple depuis plusieurs années qu’avec la dégradation de notre biosphère, nous devons nous préparer à des catastrophes.

 Oui, cela fait partie de ma philosophie : « Attends-toi à l’inattendu. »

 Nous essayons de nous entourer d’un maximum de certitudes, mais vivre, c’est naviguer dans une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se ravitaille…

Je ne dis pas que la sagesse, c’est de rester toute sa vie dans sa chambre, mais ne serait-ce que sur notre mode de consommation ou d’alimentation, ce confinement est peut-être le moment de se défaire de toute cette culture industrielle dont on connaît les vices.

Malheureusement, on ne peut pas parler d’un réveil de la solidarité humaine ou planétaire. Pourtant nous étions déjà, êtres humains de tous les pays, confrontés aux mêmes problèmes face à la dégradation de l’environnement ou au cynisme économique. Alors qu’aujourd'hui, du Nigeria à Nouvelle-Zélande, nous nous retrouvons tous confinés, nous devrions prendre conscience que nos destins sont liés, que nous le voulions ou non. Ce serait le moment de rafraîchir notre humanisme, car tant que nous ne verrons pas l’humanité comme une communauté de destin, nous ne pourrons pas pousser les gouvernements à agir dans un sens novateur.

C’est vrai que pour beaucoup d’entre nous qui vivons une grande partie de notre vie hors de chez nous, ce brusque confinement peut représenter une gêne terrible. Je pense que ça peut être l’occasion de réfléchir, de se demander ce qui, dans notre vie, relève du frivole ou de l’inutile. Je ne dis pas que la sagesse, c’est de rester toute sa vie dans sa chambre, mais ne serait-ce que sur notre mode de consommation ou d’alimentation, c’est peut-être le moment de se défaire de toute cette culture industrielle dont on connaît les vices, le moment de s’en désintoxiquer.

C’est aussi l’occasion de prendre durablement conscience de ces vérités humaines que nous connaissons tous, mais qui sont refoulées dans notre subconscient : que l’amour, l’amitié, la communion, la solidarité sont ce qui font la qualité de la vie. »

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Edgar Morin

6 avril 2020

Le Journal du CNRS

 

Etienne Moulron

Parcours et oeuvres

https://moulrone.blogspot.com/

Fondateur de la Maison du Rire et de l'Humour

https://mahuarbu.blogspot.com/

et Créateur du " Prix Humour de Résistance"

http://lephare1.e-monsite.com/pages/prix-humour-de-resistance/le-prix-humour-de-resistance.html

1, avenue Pierre le Vénérable

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France

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